Terminer ce blog le jour de la mort de Clint Eastwood ? Mais ayant dans l'idée que ledit mythe est immortel cela repoussait trop loin l'échéance.
Terminer ce blog le jour de mes 20 ans ? Non, date butoire trop précise, je me refuse à la précision en ce cas.
Alors j'ai décidé finalement de le terminer aujourd'hui, sans prévenir, sans crier gare, sans raconter mes vacances, sans exposer les changements qui se préparent dans ma vie. Parce qu'à vrai dire à quoi exposer quelque chose à des lecteurs qui soit les connaissent déjà, soit s'en contrefiche? Sachant que dans tous les cas aucune trace du passage des dits lecteurs ne sera retrouvée sur ces pages, à quoi bon?
Il n'est pas exclu qu'un nouveau blog voit le jour d'ici quelques temps. Ouaip, pas exclu. Pas exclu...
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Je ne sais pas ce que nous réservent les années à venir. De monstrueux changements se préparent, des forces dessinent un futur dont nous ne connaissons pas le visage. Certaines d'entre elles nous semblent dangereuses parce qu'elles tendent à éliminer ce que nous tenons pour bon. Il est vrai que deux hommes réunis soulèvent un poids plus aisément qu'un homme seul. Une équipe peut fabriquer des automobiles plus rapidement et mieux qu'un homme seul. Et le pain qui sort d'une fabrique est mois cher et de qualité plus uniforme que celui de l'artisan. Lorsque notre nourriture, nos vêtements, nos toits ne seront plus que le fruit exclusif de la production standardisée, ce sera le tour de notre pensée. Toute idée non conforme au gabarit devra être éliminée. La production collective ou de masse est entrée dans notre vie économique, politique et même religieuse, à tel point que certaines nations ont substitué l'idée de collectivité à celle de Dieu. Il est trop tôt. Là est le danger. La tension est grande. Le monde va vers son point de rupture. Les hommes sont inquiets.
Aussi il me semble naturel de me poser ces questions: En quoi crois-je ? Pour quoi dois-je me battre ? Et contre quoi dois-je me battre ?
Notre espèce est la seul créatrice et elle ne dispose que d'une seul faculté créatrice: l'esprit individuel de l'homme. Deux hommes n'ont jamais rien créé. Il n'existe pas de collaboration efficace en musique, en poésie, en mathématiques, en philosophie. C'est seulement après qu'à eu lieu le miracle de la création que le groupe peut l'exploiter. Le groupe n'invente jamais rien. le bien le plus précieux est le cerveau isolé de l'homme.
Or, aujourd'hui, le concept du groupe entouré de ses gendarmes entame une guerre d'extermination contre ce bien précieux: le cerveau de l'homme. En le méprisant, en l'affamant, en le réprimant, en le canalisant, en l'écrasant sous les coups de marteau de la vie moderne, on traque, on condamne, on émousse, on drogue l'esprit libre et vagabond. Il semble que notre espèce ait choisi le triste chemin du suicide.
Voici ce que je crois: l'esprit libre et curieux de l'homme est ce qui a le plus de prix au monde. Et voici pour quoi je me battrai: la liberté pour l'esprit de prendre quelque direction qui lui plaise. Et voici contre quoi je me battrai: toute idée, religion ou gouvernement qui limite ou détruit la notion d'individualité. Tel je suis, telle est ma position. Je comprends pourquoi un système conçu dans un gabarit et pour le respect du gabarit se doit d'éliminer la liberté de l'esprit, car c'est elle seule qui, par l'analyse, peut détruire le système. Oui, je comprends cela et je le hais, et je me battrais pour préserver la seule chose qui nous mette au-dessus des bêtes qui ne créent pas. Si la grâce ne peut plus embraser l'homme, nous sommes perdus. "
Chapitre XIII - 1952


